Interview Hilda Alonso Auteure et Illustratrice

Hilda Alonso est une auteure et une illustratrice spécialisée dans les atmosphères fantastiques, sombres et gothiques.
Dans ses romans et nouvelles, elle cherche à traduire le regard de l’humain redevenu fragile face à des forces qui le surpassent, le menacent.
Son dernier roman « Maniphesto » et son dernier recueil de nouvelles « Maleficium » sont désormais disponibles sur son site.
Entre horror show à l’américaine et histoires de magie noire, Hilda nous éclaire un peu plus sur ces nouveaux ouvrages aux sensations fortes garanties.
Son dernier livre en date est un recueil graphique, « les contes de la vouivre », inspiré par divers folklores qui est disponible depuis le 20 Mai.






 

Bonjour Hilda, tout d’abord, pourrais-tu présenter à nos lecteurs chacune de tes nouveautés littéraires sorties cette année ?

Pendant le premier trimestre, trois livres ont vu le jour.
Le premier est un recueil de nouvelles, illustré, sur le thème de la magie noire.
Il vient en complément d’un premier recueil axé sur la magie blanche, Aenigma.
Le deuxième s’intitule Maniphesto.
Il s’agit d’un roman graphique interactif sur le thème du freaky horror circus, que j’ai conçu comme un livre de créateur : le lecteur se voit dans le miroir de la couverture, il doit d’abord délivrer le livre de son laçage et répondre à certaines questions…
Enfin, Les contes de la Vouivre rassemble dix contes autour des légendes du Marais poitevin.
 Il s’agit également d’un roman graphique, plus onirique dans les textes et les images.


 

Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire sur un thème plus horrifique et plus violent que d’habitude pour « Maniphesto » ?

Une découverte ! Très souvent, quand je fais des recherches, je suis effarée de voir à quel point la réalité dépasse la fiction.
 J’ai lu un article sur le McKamey Manor, un parc d’attractions situé à San Diego, aux Etats-Unis, qui propose à ses spectateurs de les maltraiter voire de les torturer pendant des heures, le tout pour un prix exorbitant.
Etant quelqu’un d’extrêmement sensible, j’ai été très perturbée par le fait que certaines personnes ressentent le besoin de partir en quête de sensations si fortes qu’on frôle le traumatisme.
Les paradoxes de la psychologie humaine m’interrogent beaucoup : les phobies attractives, la pulsion morbide.
L’exemple du McKamey Manor m’a donné envie de provoquer mon lecteur.
Je lui propose des sensations de plus en plus fortes, je veux le confronter, qu’il réfléchisse à son statut de lecteur et spectateur.
Je crois que ce sont deux situations où l’on doit surtout ne pas se montrer passif.
Voir, lire, c’est choisir, décider de ce qu’on cautionne, de ce qu’on tolère, de ce qu’on peut supporter ou non.
 À force de repousser ses limites, est-ce qu’on ne finit pas par accepter l’inacceptable ?
Est-ce qu’on ne finit pas par se couper de ses émotions ? De son esprit critique ?
 Il va de soi que je n’ai aucune réponse : c’est le lecteur qui l’a.
J’ai eu en tant qu’auteure les mêmes questionnements : jusqu’où aller dans l’horreur ?
Que suis-je capable d’écrire ? Que suis-je capable de signer ?

« Maleficium » est la suite d’« Aenigma » qui, au premier coup d’œil, a l’air de présenter une facette plus sombre par rapport au premier recueil. Que pouvons-nous retrouver comme points communs mais aussi comme différences avec « Aenigma » bien que tous deux traitent de la magie ?

Ces deux livres constituent un dyptique que j’ai intitulé « sort, contre-sort », ils sont bien les deux facettes d’une même médaille.
Ces nouvelles mettent en scène des sorciers et sorcières, à toutes les époques.
 Il y est question de connaissance des simples, des astres, des pierres, de la magie élémentaire, de celle du verbe aussi.
 En fait, la grande différence entre magie blanche et magie noire ne se situe pas tant dans les techniques, les pratiques ou les rituels mais dans les intentions qui conduisent à l’utilisation de la magie.
Et c’est cette même distinction qu’on retrouve entre les deux recueils : dans Aenigma, mes personnages ont d’abord le souci d’autrui.
Ils souhaitent soigner, guérir, sauver, porter chance… Ceux de Maleficium explorent leur propre noirceur, ils sont avides de vengeance, ont des tendances à l’autodestruction.


« Maniphesto », ce roman horrifique, comporte une mise en garde sur des propos et images susceptibles de choquer les personnes sensibles.
Si tu pouvais comparer ce type de roman à une autre œuvre artistique inspirante qui aurait pu évoquer une mise en garde similaire, laquelle serait-ce ?

Ma sensibilité ne me permet pas d’aborder des œuvres véritablement violentes, d’autant moins visuelles d’ailleurs.
Cependant, un des ouvrages qui m’ont le plus marquée a été une lecture difficile pour moi, en raison justement de la tension et des actes qui y sont décrits : Là-bas, de Joris-Karl Huysmans.
Le livre e n’a pas été visé par la censure, il ne possède pas d’avertissement mais il décrit certains actes de Gilles de Rais, connu pour avoir torturé et tué des enfants, qui m’ont plongée dans un état de malaise.
 Les faits sont habilement présentés par une mise en abyme (le héros n’est pas Gilles de Rais mais un écrivain travaillant sur ce sujet).
 Ce qui m’a aidée à soutenir cette lecture, c’est l’habileté de l’auteur qui dresse une sorte de comparaison des « déchéances » entre Gilles de Rais et son propre personnage et le style d’écriture, tout simplement magistral.

En plus des 20 nouvelles sur le thème de la magie noire, « Maleficium » se dote également d’un grimoire à la fin du livre, est-il relié aux nouvelles ? Comment a-t-il été conçu ?

J’ai toujours rêvé de créer un grimoire ! Pour l’exercice de style, tout d’abord, qui suppose une certaine poésie et des compositions courtes.
 Le grimoire se compose essentiellement de recettes et de formules, dont certaines font en effet écho à des nouvelles présentes dans le recueil.


Quels auteurs t’inspirent le plus, en particulier pour tes derniers romans sortis ?

Je suis du genre à faire des fixations et à lire, relire jusqu’à les user des auteurs qui me touchent.
Je ne crois pas que les influences se ressentent vraiment à la lecture de mes livres, d’autant plus que je suis capable de grands écarts !
Dans Maleficium, on passe par tous les sentiments.
J’aime les personnages en introspection. Je crois que la lecture des sagas de Robin Hobb m’a aidée, notamment dans le rapport des personnages à la magie, la façon dont ils la découvrent, l’apprivoisent (ou non).
Je me sens aussi très proche sur la thématique de la défense de la vie animale.
Mais il y a aussi de l’humour dans ce recueil.
Le registre comique est très difficile à aborder, à doser…
Je me suis amusée à créer des décalages dans les situations et de ce côté-là, mon mentor s’appelle Pierre Desproges.
J’aime sa maîtrise de la langue française, sa flamboyance mais aussi cette impression, parfois, de passer du coq à l’âne.

En ce qui concerne Maniphesto, composer une écriture orale a constitué un vrai défi.
Rompre avec ses habitudes, se dépouiller de ses tournures, de ses réflexes d’écriture, n’est pas aisé. Cette fois, j’ai beaucoup plus pensé en termes cinématographiques, à la fois pour l’image et pour l’idée de mener des dialogues.
 La réplique, c’est tout un art !
Et les séries sont très fortes pour ça, pour créer des dialogues qui se coupent, s’entrechoquent, font mouche.
À ce titre, celles qui me semblent les plus efficaces sont Weeds et Veep.

Enfin, j’ai retrouvé une atmosphère plus en rapport avec mes habitudes grâce aux Contes de la Vouivre.
 J’ai des goûts irrémédiablement classiques (romantisme noir, poésie du dix-neuvième siècle) et je me suis plongée dans les contes hérités de la tradition orale, le plus souvent anonymes, dans les folklores locaux.
Et puis le fantastique, rempli de créatures, reste mon domaine de prédilection !
L’action se déroule de nuit, la vouivre nous accompagne jusqu’au petit matin, avec une dizaine de contes.
Il fallait soigner une atmosphère à la fois intimiste et sauvage, au cœur du marécage, velouter la narration, écrire des phrases courtes.
 Cette fois, je n’ai pas de référence claire et précise à donner, l’idée était surtout de comprendre un rythme et de ne pas trahir le genre du conte.


 

Tu as collaboré notamment avec Alexandra V Bach et Lixy, y a-t-il d’autres artistes avec lesquels tu serais partante pour une collaboration éventuelle ?

C’est une aventure fantastique, une collaboration.
Mais on ne peut pas se tromper de partenaire !
 Il faut trouver un équilibre, l’écoute est primordiale.
Le plus délicat c’est aussi de trouver une personne qui travaille sur le même rythme que vous, qui comprenne exactement ce que vous avez envie de faire.
Avec Alexandra V Bach, ça s’est tellement bien passé que j’ai eu un peu peur de me lancer à nouveau !
Lorsque je propose une collaboration, c’est que je suis conquise par le travail de quelqu’un et que je ne doute pas une seconde du résultat final, je me lance les yeux fermés.
 Le plus important, qui vaut à mon avis autant que le talent et le travail, c’est l’aspect humain.
J’ai besoin de complicité. Et c’est aussi pour ça que travailler avec Lixy a été aussi agréable !
Mon rêve serait de travailler un jour avec Carlos Quevedo.
Je suis époustouflée par ses compositions : elles sont parfaites, hautes en couleurs, en symboles, très puissantes, à la fois contemporaines et pleines de références classiques voire religieuses.


Y a-t-il un de tes livres pour lequel tu as une préférence et avec lequel tu te sens particulièrement proche ?

Je ne sais pas s’il y a une question plus complexe pour un auteur !
Chaque livre correspond à une période de vie, j’y mets des choses différentes qui reflètent aussi je pense la façon dont j’évolue personnellement.
Je travaille depuis trois ans sur Comme la nuit tombe, une fresque de six siècles sur le vampirisme.
 Et je pense en avoir encore pour des années !
Il demande énormément de recherches et du dépassement, ce que j’adore !
 Il va contenir un concentré de mes idées politiques via la critique sociale, j’y aborde aussi des sujets délicats, qui me touchent profondément : le rapport à autrui, la résiliation, la littérature, l’amour passionnel, la perte de ses propres repères…

Peux-tu nous raconter comment s’est développé ton travail d’illustratrice au fil du temps et son incorporation aux romans que tu écris ?

Bien qu’ayant d’abord collaboré avec des maisons d’édition, j’ai fait le choix de devenir une auteure autoéditée, ce qui rend très libre… et très responsable !
Lorsqu’on travaille seule sur un projet de A à Z, on devient forcément polyvalent, on apprend beaucoup.
Grâce aux outils formidables que nous avons à notre disposition aujourd’hui, on peut tout tenter.
 Je travaille avec GIMP, logiciel libre et gratuit.
Pour les besoins de la communication, j’ai d’abord créé des petites affiches, des panneaux informatifs.
Il a ensuite fallu créer des couvertures pour les livres.
Puis, en voyant le travail d’Alexandra V Bach en détail, en apprenant qu’elle était autodidacte, j’ai eu moins peur et je me suis lancée.
L’essentiel étant surtout de se tromper, d’apprendre de ses erreurs, de ne pas compter les heures et de ne pas s’arrêter à ses échecs.

L’intégration des images aux livres est pensée en amont.
J’ai le concept du livre avant de préparer les illustrations et je travaille ensuite par séries d’images, qui correspondent aux temps forts de l’histoire.
 J’aime que les illustrations ne viennent pas seulement illustrer le propos mais qu’elles apportent des détails supplémentaires, une autre vision.

C’est aussi l’image qui permet de créer des livres-objets qui sortent du commun.
 J’ai toujours souhaité réaliser les ouvrages que j’aurais voulu voir dans ma bibliothèque.
J’aime mettre la main à la pâte, proposer des univers.
Si je pouvais même ne pas passer par un imprimeur, délivrer des copies manuscrites comme un moine dans son scriptorium, faire jusqu’aux reliures, je le ferais !
Mais cela demande trop de temps…

Où pouvons-nous découvrir et acheter tes livres en tant qu’auteure et illustratrice ainsi que suivre ton actualité ?

Sur mon site (www.hildaalonso.fr) et sur ma page Facebook (https://www.facebook.com/Hilda.Alonso.Officiel/), vous pouvez suivre mon actualité et accéder à des textes, des extraits, des bonus…

Vous pouvez aussi consulter le site de l’association des Plumes Indépendantes (http://plumesindependantes.fr) dont j’ai le plaisir de faire partie.

Sachez également que je présente mes illustrations, lis des nouvelles et partage mes influences musicales sur ma chaîne youtube (https://www.youtube.com/channel/UCwhPtkfmkyH0chYMcjmxpEA).

Enfin, vous pouvez découvrir ma bibliographie et céder à la tentation sur ma boutique en ligne : https://hildaalonso.tictail.com/