Interview de Mika & les GLOKdoll

Créatrice de personnages en tissu au design étrange et trash, Mika réalise chacune de ses poupées à la main.
 Ses créations sont de véritables objets de collection vendus en édition ultra limitée.
Elle s’inspire de tout un univers fantastique et morbide se déclinant aussi en divers goodies bijoux et accessoires. Un univers décalé, une créatrice pleine d’humour et passionnée, des glokfans toujours plus nombreux...
 Les 
GLOKdoll envahissent nos maisons telles des créatures ramenées à la vie par les doigts endiablés et habiles de leur créatrice, Mika.
En effet ici tout est glok et tout est principalement recyclé ! 

Comment t’es venue l’idée de créer tes propres personnages GLOKdoll ?

Il y a deux versions à cette histoire : une pleine de sentiments et l’autre raisonnée, mais elles sont toutes les deux vraies et importantes pour moi.
La première : tout est parti d’un drap en coton blanc récupéré à ma Grand-mère de coeur (Mamie Dod, la grand-mère de mon conjoint).
 Ce drap de qualité portait les traces d’un vécu, de tout un tas d’histoires et était patiné par le temps avec la douceur d’un doudou…
 J’ai donc eu envie de fabriquer un petit personnage mignon, mais ayant du caractère, une « mounak » comme on dit chez moi.
Ainsi est née la forme de la GLOKdoll, qui n’a que très peu changé depuis.

La seconde version de la « naissance » des GLOKdoll est bien plus terre à terre.
A la suite de mon Master d’arts et recherche, j’ai voulu me « lancer dans l’Art ».
Je faisais des photo-manipulations, des performances, de la vidéo d’Art.
Dès ma première exposition, j’ai compris que le public voulait bien discuter avec moi.
Il était intrigué, interloqué voir même choqué, mais il n’avait absolument pas l’intention d’acheter mes œuvres.
J’avais des cartes postales à vendre et c’est la seule chose qui me rapportait quelques euros.
 J’ai alors compris très vite que pour vendre son Art il fallait avoir beaucoup de courage, d’endurance et de conviction.
 Je n’étais pas prête à m’essouffler autant.
Ce jour-là, devant mon expo, j’ai réfléchi à : comment faire ce que j’aime, un art étrange qui suscite des émotions, mais de façon ludique et accessible pour la majorité des gens ?
J’ai pensé à « un petit truc » transportable, pas cher, mais très stylé.
Ainsi est née la GLOKdoll.

 

Que penses-tu des gens qui considèrent les poupées comme des êtres sensibles et pourvus d’une personnalité unique ? 

Je trouve cette attitude magique, car cela montre que ces gens-là ont gardé une âme d’enfant, avec un regard d’adulte.
Heureusement que nous sommes tous un peu comme ça, car sinon je n’arriverai pas à faire adopter mes créatures !
Quand j’étais enfant, je traitais très bien mes poupées parce que je croyais qu’une fois que je serais endormie, elles pourraient venir se venger…
Je sais : c’est un peu moins mignon que cette histoire « d’âme d’enfant », mais c’est aussi une raison pour accorder des sentiments aux poupées et peluches !


D’où t’est venu le goût pour les univers morbides et fantastiques ?

Ça, c’est THE grande question ! Impossible pour moi d’y trouver une réponse…
J’aime les films d’horreur, c’est tout.
 J’aime le fait que ça ne soit pas vrai, mais que ça y ressemble fortement.
Durant mon Master j’ai écrit un ouvrage qui s’appelle « La Théorie de l’Esthétique du glauque » (ce qui explique aussi le nom « GLOKdoll »).
Dans cet ouvrage je tente justement de déchiffrer pourquoi nous sommes attirés par ce type d’images : cela peut être une curiosité malsaine, le stade anal freudien, le phénomène de catharsis, une façon d’exorciser le Mal, je ne sais pas trop…
Ce qui est certain c’est que cette passion pour l’horreur est tout à fait naturelle et n’a rien de morbide : je ne suis pas suicidaire ni dépressive, bien au contraire !



 

Tu as un bac arts plastiques et tu as poussé tes études jusqu’à obtenir un master de recherche en Art et pratiques artistiques.
Est-ce pendant ses études que tu as appris ton métier ?


Non pas du tout : si mon métier pratique est la couture, alors je ne l’ai certainement pas appris à la Fac !
Je suis totalement autodidacte dans ce domaine.
Ce que j’ai effectivement appris durant mes études c’est l’esprit de recherche et de justification : rechercher les références, faire la synthèse et la conceptualisation d’une idée, savoir ce qui parle ou non au public.
C’est l’apprentissage et l’expérience qui a fait le reste.


Combien de temps prend la création de chaque personnage et de façon très résumée quelles sont les étapes de sa mise en œuvre ?

C’est une question qu’on me pose souvent et à laquelle il est très difficile de répondre, car cela dépend du modèle et parce que je fonctionne par phases d’actions.
 Je ne fabrique pas les GLOKdoll une par une, mais par série.
Il y a le dessin, puis la découpe des pièces, la couture à la machine, le rembourrage, le montage à la main, puis la phase finale qui est parfois très longue et qui donne véritable vie au personnage : les finitions.
Il y a  l’apparition du visage, des cheveux, des vêtements et des accessoires (avec des temps de cuisson ou de séchage, fabriqués à la main aussi).
Bien entendu, il faut ensuite ajouter les photos, l’histoire, la mise en ligne et la communication sur le web…
 Il faut entre 3 heures et 2 jours pour fabriquer une GLOKdoll.
C’est pour cela que fabriquer une GLOKdoll en Edition Spéciale sur mesure me prend énormément de temps, avec en plus la communication avec l’acheteur.
C’est pour ces raisons que je n’en fais que très très rarement, surtout pour faire plaisir aux vrais GLOKfans.


 

As-tu développé un lien avec certains de tes personnages GLOKdoll​ gardés juste pour toi ?

Je n’ai gardé aucune GLOKdoll, car je ne les fabrique pas pour moi, mais pour les GLOKfans.
 Je ne suis pas ce genre de créatrice qui a un attachement particulier à sa création, au point d’avoir du mal à s’en défaire.
Du début à la fin, je pense à ceux qui pourraient craquer en la voyant et voudraient absolument l’adopter.
Par contre, parmi les 509 personnages que j’ai créés (eh oui : je viens de faire mes calculs de fin d’année , j’en suis bien à 509 GLOKdoll!!) j’ai bien entendu mes petits préférés, qui sont nombreux en fait.
Donc si je ne dois en citer qu’un, là tout de suite, sur un coup de tête, je dirai le Burning Boy, qui ressemble le plus à l’idée que je me fais des GLOKdoll (et qui pourtant n’a connu qu’un succès relatif, mais ce n’est pas grave).


Comment se passe la récupération de tissus pour tes créations ?
Qu’est-ce qui t’a donné cette idée de procéder ainsi et pourquoi ?


L’idée de la récup’ est venue naturellement avec la fabrication de la toute première : ce drap de coton blanc.
Je voulais de toute façon que ces poupées ressemblent presque à de vieilles poupées, mais j’ai dû faire avec les contraintes de la vente, surtout par internet, et faire quelque chose qui tienne la route. Les gens n’auraient pas compris pourquoi la GLOKdoll qu’ils recevaient avait des trous, des déchirures ou des coutures de rafistolage.
 J’ai donc trouvé des astuces pour que mes personnages paraissent patinés, salis, vieillis, mais tout propres quand même !
En ce qui concerne la récupération de tissu et de matières premières, certaines collègues créatrices me fournissent en chutes, plutôt que de les mettre à la poubelle.
 Les GLOKfans m’envoient aussi beaucoup de vêtements et tissus en tout genre.
Pour le reste, je dois dénicher les bonnes affaires, les fins de stocks, les rebuts de grossistes.


 

Comment nourris-tu ta créativité ?

Essentiellement en regardant un grand nombre de films d’horreur, mais aussi en regardant les univers des milliers d’Artistes et Créateurs que l’on peut trouver sur le Net, et dieu sait s’ils sont nombreux à partager leurs Arts, tous domaines confondus !
Dans mes études d’Art, on n’a eu de cesse de me répéter que tout a déjà été inventé et qu’il ne tenait qu’à nous de réinterpréter les codes déjà mis en place.
Par exemple : je n’ai pas inventé la peluche et je crois que personne ne sait qui l’a inventée tellement ça date !
Mais en mixant des idées, en faisant mes propres choix esthétiques, en fabriquant de mes mains tout ce que je peux, et bien j’arrive à créer quelque chose d’original, qu’on ne voit pas ailleurs.


J’ai lu que tu étais vraiment mordue de films d’horreur, jusqu’à en voir un « obligatoirement » par semaine. Aurais-tu une sélection à nous faire de films à voir en cette période de fêtes de fin d’année ?

Des listes de films d’horreur j’en ai pour tous les goûts, du plus cool ou plus trash !
Disons que pour rester dans l’esprit « fête de Noël » je proposerai :
- « Krampus », bon enfant, toujours sympa sous la couette le soir de Noël
- « Dead end », beaucoup plus underground, mais un de mes préférés en cette période, avec un casting ultime et un scénario absolument parfait.
- pour les plus téméraires qui n’ont pas peur d’être profondément mal à l’aise en cette période de rassemblement familial, je propose « Mum and Dad », dans mon Top 3 des films malsains ultimes.

Quelle demande spéciale a été pour toi un défi considérable, mais relevé avec succès ?

Je crois que c’est l’Édition spéciale de Carol : elle m’a confiée la peluche de son enfance, qui avait vécu plus de 40 ans d’aventures, pour la découper, la déconstruire, et la transformer en une GLOKdoll…
C’était une expérience vraiment stressante pour moi, car je n’avais pas droit à l’erreur et je voulais vraiment bien faire !
 Je pense que Carol est satisfaite et peut donc maintenant montrer fièrement sa peluche d’enfance qui a reçu une seconde vie !


Où peut-on suivre ton actualité ? Participes-tu l’année prochaine à des salons de créateurs ?

Je suis une grande fan de communication, d’où mes réponses plutôt longues … ^^
Je reçois rarement des demandes d’interview alors que j’adore ça!
Je communique donc beaucoup sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Twitter, mais on peut retrouver mes actualités directement sur mon site internet www.glokdoll.com, avec l’Agenda du GLOK Tour.
Je n’ai pas encore constitué mon agenda pour 2018, mais on peut déjà parler de « Everyday is Halloween for Us ».
C’est un évènement virtuel que j’organise chaque année au mois d’octobre et qui réunit des dizaines d’Artistes et Créatrices de l’étrange.
 Nous créons chaque semaine d’octobre sur des thèmes imposés autour d’Halloween, proposant des collections variées, sombres ou décalées et surtout très très originales !!
Sinon, on me trouvera avec certitude au Jalles House Rock en juillet prochain, pour un festival gratuit, Rock , les pieds dans l’herbe, pour un week-end de pur soleil.
 (infos : http://www.jalleshouserock.fr/ )
Je serai peut-être aussi en avril au Marché des Créateurs Recycleurs qui accueille des Artistes de génie qui travaillent avec de la récup’ et surtout une bonne dose de talent.
 (infos : http://atelierdecosolidaire.com/ )